Santé des chercheurs d’emploi : retour sur l’enquête thématique

Au sein du réseau des 2500 accompagnateurs bénévoles SNC, un constat est largement partagé : le chômage nuit à la santé de celles et ceux qui le vivent. C'est ce que confirment les résultats de l'enquête thématique lancée en septembre 2018 sur la plateforme Expression à laquelle une centaine de personnes ont répondu. Voici les principaux enseignements.

 

Pour 75,7% des personnes, la recherche d'un emploi impacte leur état de santé

  • « Au chômage de longue durée, je connais régulièrement des problèmes de sommeil et de stress qui s'accompagnent de maux de dos, de problème de digestion, d'angoisses et de palpitations. Certains médecins sont compréhensifs, tous ne jouent pas le jeu »
  • « Je n'ai plus de mutuelle, alors j'évite le médecin, après l'arrêt de mon traitement, je suis entré dans le cercle vicieux de la maladie, de la dépression et du repli sur soi »
  • « Je suis fatigué physiquement et psychiquement »

73,7% observent un changement de leurs habitudes alimentaires

  • « Sous l'effet du stress, j'ai tendance à devenir boulimique et à boire de l'alcool pour m'aider à gérer »
  • « Soit on mange pour compenser, soit on ne mange plus ! »
  • « Je mange n'importe comment et je grignote entre les repas »
  • « Il est plus difficile de se nourrir correctement en période de chômage. On se tourne vers des enseignes à bas coût. Le coût des aliments est ma priorité, plus leur qualité »

72,7% modifient leurs activités physiques ou sportives

  • « Je n'ai plus accès aux activités sportives de mon C.E. et pas assez de moyens pour m'inscrire dans les activités de la ville »
  • « J'ai perdu la motivation, comme si j'étais fatigué avant même d'avoir fait quelque chose »
  • « Mon budget est serré. J'ai préféré renoncer à mes cours de yoga-danse pour privilégier les activités de mes enfants »

76,7% réduisent leurs loisirs et leurs sorties culturelles

  • « Je ne parviens plus à me donner le droit, le plaisir d'aller voir une exposition, d'aller au cinéma ou de profiter d'une activité sportive »
  • « J'ai perdu l'envie de sortir, que ce soit pour aller au cinéma ou simplement boire un café. Le problème, c'est d'avoir à se mêler aux autres »
  • « Quand on est préoccupé par chercher de quoi manger, on a pas l'esprit à autre chose »

Parmi 80% de personnes qui ont consulté un professionnel de santé pendant leur recherche d'emploi, 51% n'ont pas signalé leur situation

  • « Ça ne m'est jamais venu à l'esprit »
  • « Parce que je suis réservé sur cette question. La plupart du temps si nous ne sommes pas en activité ou en retraite, la société nous voit comme des profiteurs et des fainéants »
  • « Si on parle, tout est mis sur la déprime. Les symptômes qu'on décrit ne sont pas pris au sérieux »
  • « Je n'ai pas de réponse. Seulement que j'ai honte »

52,6% renoncent parfois à des soins pour elles-mêmes ou pour un membre de leur famille

  • « J'ai renoncé à consulter un spécialiste, je n'avais pas les moyens d'avancer la consultation »
  • « J'ai renoncé à une hospitalisation pour mon diabète par peur de passer à côté d'une offre intéressante et de ne pas pouvoir me rendre à l'entretien »
  • « Quad on n'a pas de mutuelle mais uniquement la CMU, on ne peut pas payer le reste à charge. On se content du minimum. Parfois aussi, on a honte de réclamer »

Pour 89,47% des personnes, être au chômage agit sur leur moral, leur confiance en elles et leur estime d'elles-mêmes

  • « On disparaît dans l'angoisse, on n'existe plus vraiment ou alors pour se sentir inutile à soi et aux autres, un parasite, une perdante »
  • « On doute de soi, de ses capacités, on perd confiance en soi puis on s'isole socialement par honte »
  • « J'alterne entre sentiment dépressif et espoir de retrouver un emploi. je me trouve moins enthousiaste, j'ai moins le sens de l'humour. je suis plus pessimiste et casanière »

82% se sentent isolées

  • « J'ai peu d'amis, je ne veux pas les ennuyer avec mes soucis. Et ne pas inquiéter non plus ma famille »
  • « On est face à soi-même, à ses doutes et à ses peurs. On ne s'en sort pas par manque de feed-back sur son vécu, son ressenti »
  • « On est identifié par son travail, l'entourage considère malheureusement que nous sommes responsables de la perte de notre emploi. On ne peut pas toujours non plus participer aux activités de nos amis pour des raisons financières »

64,2% reconnaissent d'avoir traversé un ou plusieurs épisodes dépressifs et pour 70,5% des personnes, le mal être et le stress sont un frein à leur recherche d'emploi

  • « J'ai peur de l'échec »
  • « Il est difficile de parler de ses compétences à un employeur quand on n'y croit plus soi-même... »
  • « On entre dans une sorte de cercle vicieux : Puisqu'on ne trouve pas de travail on se persuade qu'on est pas assez bon pour en trouver. J'avais tendance à ne plus postuler à certaines offres, à me persuader que je ne pourrai pas obtenir le job. Je pense qu'on peut appeler ça de l'auto-sabotage. »

Les témoignages recueillis à l'occasion de cette enquête ont contribué directement à nourrir le rapport La santé des chercheurs d'emploi, enjeu de santé publique publié en septembre 2018 par Solidarités Nouvelles face au Chômage. Au-delà du constat, ce document appelle une meilleure prise en charge de la santé des personnes privées d'emploi.

 

Retour à la page enquêtes thématiques